La fin du semestre arrive, le temps passe tellement vite, il est tant de faire un point...
La 1ère chose que je peux dire c'est qu'en un peu moins de deux mois le chemin parcouru par mes étudiants est tout de même impressionnant.
Ils sont partis d'un degré de passivité extrême, non pas désintéressés mais juste spectateurs du cours. Le professeur étant comme dans beaucoup d'endroit le détenteur du savoir, donc on ne peut pas le contredire, lui couper la parole ou lui dire qu’on n’a pas compris un point ou un autre. Pour autant je ne trouve pas qu’il fasse figure d’autorité, les étudiants ne répondaient pas nécessairement aux questions que je leur posais, ne s'excusaient pas d'un retard et ne semblait pas inquiet d'un moindre reproche, et lorsque les remises en questions sont arrivés (sur un ton assez sévère c’est vrai) ils ont été tout surpris de pouvoir se faire « remonter les bretelles".
Aujourd'hui, je pense que nous avons trouvé notre rythme que ce soit à Kyambogo ou à MUBS. Nous avons pu instaurer ensemble un climat d'apprentissage détendu et de confiance. Certains étudiants (et surtout étudiantes) très réservés au début on réussit à prendre la parole et se sont autorisés à relâcher un peu de pression.
En milieu de parcours, lorsqu'il a fallut que je "dispute" mes étudiants sur les retards (oui je sais, un comble pour ceux qui me connaissent ds le privé comme en cours mais ici les retards se compte en heure et sans présentation d'excuses), j'ai failli perdre tout ce travail mis en place. Les étudiants se sont de nouveaux braqués et il n'y avait plus rien à en tirer.
Heureusement à coup de petites blagues et de discussions plus sérieuses les choses se sont arrangées. Les étudiants aussi se permettent maintenant quelques plaisanteries en cours, plaisanteries sur des contenus du cours ou sur la langue ce qui montre bien qu'ils suivent et se motivent.
Bon bien sûr je mentirai si je disais que cela se passe bien avec absolument tous les élèves, il est évident que certains n'accrochent pas du tout avec mon fonctionnement et ils me le font bien sentir...mais on ne peut pas être apprécié de tout le monde et j'essaie donc juste de ne pas les mettre sur la touche pour autant, même si je ne peux inventer des motivations qui ne sont pas là!
Le bilan est donc plutôt positif. Mes cours à MUBS sont plus organisés de façon un peu plus formelle, j’essaie de suivre le syllabus qui est basé sur des actes de paroles, donc je cherche les éléments à mettre en place pour y arriver, et je construis un cours type unité didactique.
A Kyambogo en revanche les cours étant principalement axé sur l’oral et le syllabus beaucoup moins clair (en gros tout se qui touche à l’oral) sur deux heures de cours nous prenons une heure pour étudier un document (le plus souvent vidéo puisque je peux transporter mon ordi portable) cela peut prendre plusieurs séances avant de le terminer bien sûr. Ensuite par groupe de deux les étudiants présentent un sujet qui fait débat, l’un des étudiants doit présenter des arguments pour et l’autre contre ensuite la classe participe. Sur cet exercice les étudiants doivent apprendre à être bref mais efficace car cela ne doit pas prendre plus de 30min (pr l’instant nous n’y sommes pas encore évidement) ils apprennent ainsi à exprimer leurs opinions (propres ou fictives), à présenter des arguments et des contre arguments, à défendre un point de vue, expliquer des faits, chercher des exemples etc... Et enfin dans la dernière partie du cours (30min également) un étudiant doit présenter un exposé sur le sujet de son choix à partir d’un thème que j’ai proposé (le plus souvent des comparaisons, des liens à faire sur un aspect francophone ou français et un aspect ougandais, comme 2villes, 2personnalités publiques, 2fêtes traditionnelles…) .
Ce format de cours m’a été bien sûr inspiré de mon observation de classe de l’année dernière, il a l’avantage de stimuler les étudiants et d’éviter l’ennui d’un même sujet pendant 2h/2h30, ils sont de plus obligés d’être relativement attentifs à ce qu’il se passe, et il est plus facile d’être attentif quand c’est un camarade qui parle plutôt que le prof, et ils doivent également se forcer à s’organiser pour eux-mêmes planifier leur passage (là encore il y a beaucoup de progrès à faire, il va falloir continuer au 2nd semestre si je les ai encore), sans compter qu’il s’agit d’un cours d’oral donc il faut bien qu’ils s’expriment.
Quelques faits « surprenants » sur le mode de fonctionnement des étudiants…une expression est sur toutes les lèvres, même chez les débutants : « comme-ci, comme-ça » c’est presque la 1ère chose qu’ils savent dire, c’est vraiment à se demander qui a introduit cette formule en Ouganda…
Les étudiants en contexte de cours se vouvoient (même les 1er niveaux) et s’appellent Monsieur/Madame, ils ont également l’habitude de reprendre le camarade qui prend la parole et fait une erreur, c’est pour eux tout à fait normal et je ne vois pas de malaise ou de jugement derrière ça. L’étudiant qui a été repris remercie son interlocuteur systématiquement et poliment (alors que leur faire dire merci quand on leur tend quelque chose est bien plus difficile). Donc lors d’un exposé il n’est pas rare d’entre ce type d’intervention :
L1 : vous conné cette personne ?
L2 : vous connaiSSEZ monsieur
L1 : ah oui merci madame vous connaiSSEZ cette personne ?
Donc alors que moi j’attends la fin de l’exposé et que je fais mon petit relevé d’erreur afin de chercher les récurrences (encore une fois merci Roselyne) les étudiants n’ont aucun problème avec le fait d’être interrompu par leur camarade, même pour les plus timides !